La médiation postée : l’exemple du Musée en Herbe

L’à-propos et la bienveillance des médiatrices en salle m’ont marquée lors de ma visite de l’exposition Araignées, lucioles et papillons. Quel jeu d’adresse ! Comment approcher le visiteur sans le coller, être accueillant, susciter l’intérêt ?

Différentes formes

Avant de vous parler de mon expérience au Musée en Herbe, un petit rappel s’impose. La médiation postée, kesako ? Cette forme de médiation consiste à placer un médiateur en salle, non pas pour une visite guidée mais simplement pour répondre aux questions des visiteurs qui passent par là, pour leur expliquer comment fonctionne l’espace d’exposition, etc. La médiation postée peut prendre différentes formes : le sujet, la durée et les acteurs varient.

Il peut s’agir de médiation événementielle, le temps d’une soirée par exemple, comme pour les soirées les Jeunes Ont la Parole (JOP) au Louvre ou les Curieuses nocturnes du musée d’Orsay. Le château de Fontainebleau a aussi recours à cette formule pour son festival annuel d’histoire de l’art, de même que le Grand Palais, le temps d’une exposition sur Louis Vuitton en 2015. La médiation postée est plus rarement pensée en continu, comme au Musée en Herbe et au muséum de Bordeaux. Le sujet varie en fonction : personnellement, j’ai présenté un seul objet d’art au musée du Louvre, alors qu’au musée des années 30, je présentais une série de tableaux, et au château de Fontainebleau, je présentais carrément un jardin entier.

La médiation postée peut être traitée par différents acteurs. Bien évidemment, en premier lieu il s’agit des guides et médiateurs professionnels. Mais en événementiel, ce sont souvent des étudiants, comme vous en parlait Laura dans cet article. Ces médiateurs professionnels ou en devenir sont identifiables visuellement : par des T-shirts (Louvre, Fontainebleau, Orsay…), des badges, des blouses de scientifiques (muséum de Bordeaux)… Dans les collections permanentes, c’est aussi parfois de manière tout à fait impromptue que les surveillants de salle répondent aux questions des visiteurs, qui arborent un simple badge ou uniforme sobre. Ce peut être le cas au musée Henner, où l’équipe de conservation propose des visites des réserves à son équipe de surveillance, ensuite prête à répondre au public. Au musée Berlioz un surveillant de salle nous avait expliqué l’histoire d’un piano récemment acquis par le musée (je vous en parlais ici). Ces deux derniers cas impliquent l’équipe de surveillance de petits musées : on se sent accueillis par des personnes concernées, qui aiment leur patrimoine. L’équipe permanente s’approprie l’histoire de sa « maison ».

Vue de l'exposition Louis Vuitton au Grand Palais en 2015
Vue de l’exposition Louis Vuitton au Grand Palais en 2015

Prendre le visiteur par la main

La médiation postée présente de nombreux avantages. Tout d’abord, c’est une option d’actualité : elle est sans doute amenée à se développer les prochains mois, car la médiation postée s’adresse à de petits groupes, généralement de moins de 10 personnes. C’est compatible avec les règles sanitaires dictées par le covid, et le Louvre s’est déjà emparé de cette forme de médiation pour adapter son offre à la situation actuelle.

Le grand avantage de la médiation postée, c’est aussi de prendre le visiteur par la main. Le Muséum de Bordeaux a aussi des médiateurs postés dans les espaces d’exposition, mais je les vois peu sollicités lors de mes visites. Au Muséum, les médiateurs se signalent comme étant à votre disposition pour toute question. Au Musée en Herbe, ils prennent les devants et vous proposent d’emblée, spontanément, des clefs de lecture, des angles d’introduction. On commence par prendre par la main plutôt que juste montrer qu’on peut tendre la main. Cela rend le dialogue plus aisé, moins intimidant : on se sent bienvenu au musée. Plutôt que « si vous avez besoin, on est là », dire plutôt « l’exposition commence par telle chose fascinante car… et d’ailleurs nous sommes là pour la suite de l’exposition si besoin » ! C’est cette expérience renouvelée à chacune de mes visites du Musée en Herbe qui m’a motivée à y dédier un post, et à contacter l’équipe du musée pour mieux comprendre sa démarche.

Un médiateur scientifique, en blouse, avec un visiteur au Muséum de Bordeaux
Un médiateur scientifique, en blouse, avec un visiteur au Muséum de Bordeaux

Elsa Provost, chargée de médiation et de formation au Musée en Herbe a bien voulu répondre à mes questions sur le fonctionnement de la médiation postée au Musée en Herbe, et revient sur un avantage supplémentaire de la médiation postée.

Qu’est-ce qui motive le Musée en Herbe à proposer l’intervention de médiateurs en salle à chaque exposition, en continu et de manière impromptue pour le visiteur ?

Elsa Provost : « La volonté du Musée en Herbe est de proposer au maximum une médiation pour tous et spécifique à chaque profil de visiteurs. Pour ce faire, nous multiplions les supports de médiations, textes muraux, manipulations, facile à lire et à comprendre (FALC), fiche adulte, livrets jeux etc… Pour autant, le médiateur reste le seul à pouvoir répondre le plus pertinemment possible à l’ensemble des interrogations et demandes de nos visiteurs. Leur présence assure un soutien spontané lors de la visite. Ils accompagnent et valorisent les éléments de médiation proposés et les parents qui deviennent, eux aussi médiateurs, le temps de la visite. Selon nous, la présence systématique des médiateurs rend l’expérience de visite plus vivante et dynamique. Le visiteur est réellement accueilli dès son arrivée. »

On peut ajouter à cela que le public premier du Musée en Herbe est le jeune public. Justement, C. Merleau-Ponty souligne dans son dernier livre* que l’attention « dépass[e] rarement, vers dix/douze ans, vingt minutes pour une même activité ». Une médiation humaine peut difficilement prendre la forme d’une visite guidée pour des enfants. La médiation postée courte et informelle est la solution parfaite pour les jeunes.

Des familles qui viennent d'être accueillies par les médiatrices du Musée en Herbe
Des familles qui viennent d’être accueillies par les médiatrices du Musée en Herbe

La posture du médiateur au Musée en Herbe

Je vous le disais en introduction, j’ai été une fois encore marquée par la justesse des médiatrices lorsque j’ai découvert l’exposition Araignées, lucioles et papillons au Musée en Herbe cet été. Ayant moi-même participé à des opérations de médiation, je sais à quel point il est délicat de se prêter à la médiation postée, savoir interpeller les visiteurs sans les alpaguer… Tout étudiant qui a fait de la médiation postée sait ce qu’il en est. Du coup, j’étais très curieuse de la manière dont le Musée en Herbe travaille avec ses médiateurs postés. Elsa Provost nous éclaire sur les méthodes du musée.

Vos médiateurs reçoivent-ils une formation pour intégrer votre équipe ?

Elsa Provost : « Les médiateurs sont encadrés par une équipe chargée de médiation et de formation sur le terrain. Cette équipe est elle-même dirigée par Anne Brichet, la directrice du service pédagogique. La première phase de formation est basée sur l’observation des méthodes de médiation et l’imprégnation du contenu de l’exposition en cours. Petit à petit, ces médiateurs sont intégrés en salle où ils peuvent s’initier au contact avec le public, puis en visite et en atelier. Tout au long de cette phase de formation, et même après, l’équipe est encadrée et conseillée individuellement. Des réunions entre le médiateur et l’équipe chargée de formation sont mises en place pour évoquer les différentes façons de s’adresser au public, les types de médiations, les cas pratiques et difficultés rencontrées par le médiateur. ». Du sur-mesure quoi !

Une médiatrice dialoguant avec une famille au Musée en Herbe
Une médiatrice dialoguant avec une famille au Musée en Herbe

Vous fixez-vous des règles particulières pour ce type de médiation ?

Elsa Provost : « La règle essentielle est la disponibilité envers le public. Chaque visiteur doit se sentir accueilli et bienvenu, pour cela nos médiateurs adoptent une posture physique ouverte et souriante. Le médiateur doit faire attention à ne pas être intrusif dans l’expérience de visite et le visiteur doit se sentir libre de s’adresser à eux. Le tout est d’être présent sans s’imposer. »

Pour conclure, quels seraient vos conseils pour de jeunes étudiants en histoire de l’art et en médiation, afin de réussir une expérience de médiation postée en salle ?

Elsa Provost : « Le principe du Musée en Herbe est de ne jamais oublier de se mettre à la place du visiteur. En médiation en salle, il faut essayer de comprendre ce qui va intéresser l’interlocuteur et s’adapter. Diversifier les informations transmises conserve l’intérêt et l’entrain du médiateur et rend l’échange plus vivant, dynamique et personnalisé. ».

Merci encore à Elsa Provost et au Musée en Herbe pour cet échange !
L’exposition
Araignées, lucioles et papillons est à découvrir jusqu’en janvier 2021.

Pour aller plus loin

  • Le web-journal étudiant Florilèges propose de nombreux témoignages d’étudiants ayant été médiateurs le temps d’une soirée, témoignages à découvrir ici.

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