Oka Amazonie, une exposition semi-permanente (31)

En 2019, le Muséum de Toulouse a ouvert les portes de son exposition semi-permanente. Oka Amazonie, c’est son nom, parle du quotidien de l’Amazonie d’aujourd’hui, entre traditions et modernité. C’est principalement la Guyane qui est exposée, à travers trois thématiques servies par de nombreux dispositifs de médiation.

La première salle vous plonge dans le quotidien traditionnel des peuples amazoniens. La cuisine, la pêche et les fêtes sont évoquées à travers trois peuples différents (sur quelque 200 peuples amazoniens au total). La deuxième salle traite de la forêt amazonienne, mais aussi de la vie quotidienne en Guyane, dans ses aspects plus modernes : évolution de l’habitat, orpaillage illégal, production musicale contemporaine etc.

Deuxième salle : les Amérindiens de Guyane
Deuxième salle : les Amérindiens de Guyane

Dans la troisième salle, on pouvait découvrir…eh bien je ne peux pas vous en dire plus personnellement, car la troisième salle était fermée à cause des nouvelles normes sanitaires. Le site web de l’exposition explique que cette dernière partie traite de la Guyane face à la modernisation, d’enjeux actuels, comme le projet de la Montagne d’Or. Du couloir, j’ai juste pu apercevoir la scénographie, et une borne où on peut écouter différentes langues amérindiennes.

L’exposition m’a beaucoup plu, j’étais très curieuse d’en savoir plus sur cet espace et sur la réalisation de l’exposition dans son ensemble. Isabel Nottaris, directrice adjointe du Muséum de Toulouse, a bien voulu répondre à mes questions. Elle m’indique que le dernier espace a été pensé « dans l’esprit d’un tiers-lieu », où « se poser pour réfléchir » et interroger les sujets d’actualité. Temporairement fermé, cette dernière section rouvrira le temps des Journées Européennes du Patrimoine au moins (19 et 20 septembre).

Vue de la troisième salle
Vue de la troisième salle

Tenter le semi-permanent

L’exposition est amenée à rester plusieurs années : elle est dite semi-permanente. C’est la deuxième exposition semi-permanente que j’ai visitée, l’autre étant aussi dans un muséum, à Bordeaux cette fois-ci (article à retrouver ici). Les modèles traditionnels, divisés entre collection permanente et exposition temporaire, sont aujourd’hui enrichis par le semi-permanent. Les parcours permanents sont les plus classiques. Les expositions temporaires sont nécessaires pour faire un focus sur un thème précis, c’est l’occasion d’étudier ce sujet à fond. Le temporaire permet aussi de créer un événement, de renouveler son propos pour ne pas lasser le visiteur. Le semi-permanent est à la frontière des deux : un sujet précis est étudié, on peut y consacrer plus de temps, et l’effet de nouveauté est bien présent. Le blog L’art de muser recense dans un article éclairant les leviers et freins du semi-permanent.

Au-delà de ces arguments, Isabel Nottaris, directrice adjointe du Muséum, m’a permis de mieux comprendre les enjeux concrets de ce format. Cette exposition permet au Muséum de « tester une nouvelle durée », pour réinterpréter un lieu compliqué. La dernière salle n’en est en effet pas vraiment une. C’est plutôt un carrefour, un lieu de circulation dans le musée. Cette section est entièrement ouverte, en bout de parcours, entourée de la bibliothèque et des sanitaires (c’est ce qui fait que j’ai pu apercevoir cet espace, visible bien qu’inaccessible). Le semi-permanent permet donc de donner une nouvelle fonction à cet endroit, de redéfinir un espace qui jusque là ne « vivait pas bien ». Au-delà des considérations événementielles ou financières, le rythme d’une exposition permet donc aussi de rendre des espaces plus visibles.

Le semi-permanent est aussi une solution adaptée à certains sujets, là où une exposition temporaire ne laisserait peut-être pas le temps d’aborder ces questions d’actualité, et où le permanent serait vite dépassé. C’est l’idée de tiers-lieu dont me parle la directrice adjointe du Muséum, un lieu d’expérimentation à part. Ce format « permet de rebondir sur différents thèmes d’actualités et de programmation », et de s’engager en traitant d’un territoire peu connu hors métropole. D’ailleurs, pourquoi se pencher sur ce territoire en Haute-Garonne ? Entre autres car le Muséum expose la culture des peuples autochtones amazoniens et que l’année de l’ouverture de l’exposition, 2019, était l’année internationale des langues autochtones de l’UNESCO.

Merci encore à Isabel Nottaris d’avoir répondu à mes questions sur le choix du semi-permanent !

Variantes autour de l’immersion

Quand j’ai vu que le site web vantait une exposition immersive, je me suis demandé avec curiosité si je devais m’attendre à une immersion numérique titanesque comme au Grand Palais, ou à une immersion par la narration comme au Musée en Herbe.

Ici l’immersion, bien pensée, est présente mais toute en finesse, pas intrusive. Dans la première salle, le visiteur est happé par deux personnes qui dialoguent à propos de leur culture : un Métropolitain, une Amazonienne. Le dialogue est retranscrit en film d’animation projeté au mur, dans un style très épuré. La narration prend le visiteur à partie et le plonge dans l’Amazonie actuelle, avec ces personnes bien de notre époque qui discutent de mythes et traditions anciennes.

On est aussi pris dans une ambiance grâce à la proximité des œuvres et de vidéos qui montrent ces objets dans leur contexte. Pour la culture du manioc, on voit sur la même table les ustensiles, une recette et une vidéo où l’on prépare le manioc aujourd’hui.

Le manioc : ustensiles de cuisine, recette, et vidéo (hors champ)
Le manioc : ustensiles de cuisine, recette, et vidéo (hors champ)

Dans la deuxième salle, l’immersion fonctionne grâce à la scénographie et au multi-sensoriel. La scénographie évoque la forêt amazonienne, comme aperçue à travers des troncs, comme si nous étions aussi dans la forêt. Aussi ? Parce qu’il y a quelqu’un d’autre que nous ? Eh oui, si vous vous penchez pour regarder entre les ouvertures, vous distinguerez toute la faune locale. On peut entendre dans le lointain des bruits d’animaux. Je ne sais pas si ces bruits sont prévus dans cette section de manière discrète, ou s’ils sont issus des collections permanentes juste en-dessous, au rez-de-chaussée. Toujours est-il que cela contribue à l’ambiance bucolique.

Un jaguar dans la forêt
Un jaguar dans la forêt

La vue et l’ouïe sont mobilisées, mais l’odorat aussi. Plusieurs poires à odeurs sont situées sur ce mur de végétation, pour sentir le feu de bois, l’urine de jaguar, et d’autres parfums propres à ce milieu. On se croirait plongé dans la forêt ! Autant de prétextes pour parler de ce qui anime ce biotope, car chaque poire est accompagnée d’un cartel explicatif. Les dispositifs olfactifs ne sont pas là pour faire joli, mais servent bien un propos pédagogique.

Odeur de l'urine de jaguar, qui marque son territoire
Odeur de l’urine de jaguar, qui marque son territoire

Polyvalence et inclusion des dispositifs

L’Amazonie est à la portée d’un large éventail de publics, grâce à des dispositifs adaptés à plusieurs besoins. Les adultes étaient la cible de cette exposition, mais le Muséum a tenu à rendre une visite en famille possible. Les dispositifs adultes fonctionnent aussi pour des enfants. Hormis un dispositif spécifiquement pensé pour des enfants en bas âge (un imagier comparatif), la polyvalence est de mise pour les manipulations. Une maquette est placée à hauteur d’enfant, pour se représenter à quoi ressemble dans son ensemble le bout de forêt qui est reconstitué devant nous. Comme une autre maquette (l’habitation appelée « carbet »), ici il n’y a pas d’esthétique ou de manipulation spéciale pour le jeune public, mais ces détails sont tout à fait adaptés à l’observation en famille.

Un imagier à dévoiler en faisant glisser les volets
Un imagier à dévoiler en faisant glisser les volets
Assise et maquette basses
Assise et maquette basses

Les odeurs sont toujours une agréable découverte pour les adultes, mais aussi pour les enfants et les personnes handicapées. C’est un autre moyen d’immersion pour les déficients visuels, par exemple. De même, des écouteurs permettent (hors covid) d’écouter de la musique guyanaise actuelle : c’est tout public bien sûr, mais aussi utile pour déficients visuels, pour des enfants

Un dernier dispositif a retenu mon attention : des cartes géographies comparées. J’avais déjà vu cela par le passé au Muséum de Toulouse et c’est toujours aussi convaincant. On part de ce que le visiteur connaît (la Nouvelle-Aquitaine par exemple), pour le comparer au territoire guyanais, beaucoup moins connu des métropolitains. Le Muséum utilise la comparaison en superposant différentes cartes, différents territoires découpés dans du plexiglas. Le visiteur appuie sur un bouton pour éclairer le pourtour de la Nouvelle-Aquitaine, de la Belgique ou de la Guyane. Les superficies sont proches, cela donne un ordre de grandeur au visiteur. Ce dispositif interactif est si simple d’utilisation qu’il parle à tous.

La Belgique et la Suisse, plus petites que la Guyane
La Belgique et la Suisse, plus petites que la Guyane

Le plus bluffant dans cela, c’est que la majorité de ces dispositifs, multi-sensoriels, faciles d’accès, complets, a été créée en interne !

En bref

Une exposition belle, très complète, immersive et polyvalente, et qui traite un sujet d’actualité. On a hâte que la dernière salle rouvre !

Pour aller plus loin

Infos pratiques

Oka Amazonie au Muséum de Toulouse
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
35 allée Jules Guesde
31 000 Toulouse

Retrouvez mon précédent article sur le Muséum de Toulouse ici,
et nos nombreuses revues d’expos scientifiques par là
.

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