La Petite Galerie du Louvre, un exemple d’accessibilité

Tout le monde a déjà entendu parler du Louvre, de la Joconde, de la Victoire de Samothrace, des centaines de milliers de km2 de galeries à visiter au musée… Un peu (trop) imposant, non ? Pour moi, la Petite Galerie est l’endroit idéal pour une introduction au grand musée du Louvre. Mais d’abord, qu’est-ce que c’est ?

 

Bien plus qu’une petite exposition

La galerie, relativement récente, a vu le jour en 2015. C’est un petit espace (240m2) au sein du musée le plus visité au monde. Le nom de la nouvelle galerie fait référence à la Grande Galerie, longue salle du musée où sont exposés en permanence les tableaux les plus importants des temps modernes. La Petite Galerie est quant à elle dédiée à des expositions annuelles, dans un espace beaucoup plus modeste. En quatre salles de taille raisonnable, on balaye des thématiques transversales, tels que Mythes fondateurs (2015-2016), Corps en mouvement (2016/2017), Théâtre du pouvoir (2017/2018), L’archéologie en bulles (2018/2019), ou actuellement l’exposition Figure d’artiste (2019/2020). Oui, car la programmation de ces espaces suit le rythme scolaire.

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Entrée de l’exposition Figure d’artiste (2020)

Qui dit Louvre dit chefs-d’oeuvre : ces grands thèmes sont illustrés par des œuvres majeures de l’historie de l’art. Du trésor antique de Boscoreale, à l‘ivoire Berberini, du ciboire de maître Alpais à l’autoportrait de Vigée-Le Brun, d’année en année, les œuvres sont toujours aussi importantes. On se retrouve en tête à tête avec de grandes œuvres. La qualité des chefs-d’œuvres présentés, le plus souvent issus des collections propos du musée, est pour moi un des points forts de ces expositions. Ceci dit, on est au Louvre certes, mais la Petite Galerie ne traite pas que beaux-arts ! La danse, la littérature, dont les bandes-dessinées, s’invitent au musée. Et la Petite Galerie ne propose pas qu’une expo ! Le site du musée du Louvre l’annonce clairement : « La Petite Galerie offre un espace d’exposition spécifique à l’éducation artistique et culturelle […] avec une riche offre culturelle associée : site Internet, applications pour smartphone, programmation à l’auditorium, publications… ». On pense au temps avant et après la visite, en plus du lieu d’exposition. Plus qu’un nouvel espace, oui, mais pour quoi faire ?

Vue d'ensemble de l'exposition L'archéologie en bulles
Vue d’ensemble de l’exposition L’archéologie en bulles

Le public scolaire

On le voit bien dans l’affirmation du musée, le but est de garantir l’éducation artistique et culturelle (EAC) au plus grand nombre, c’est-à-dire que le public-cible était à l’origine le jeune public. Les expositions sont donc accompagnées de livrets-jeux, les enfants peuvent toucher certaines choses au musée, et un temps leur est dédié. Il s’agit des Mardis de la Petite Galerie, auxquels j’ai pu participer une année. Le principe est simple : la Petite Galerie devient accessible aux scolaires les mardis, jour de fermeture habituel du musée du Louvre. Les enfants (mais aussi des groupes d’adultes du champ social ou handicapés) ont les salles rien que pour eux, au calme. J’en garde une bonne expérience. Du fait que l’exposition ne dure pas longtemps, que l’espace ne soit pas grand, et vide d’autres visiteurs, c’est confortable pour les enfants…tant qu’il n’y a pas trop d’écrans (rappelez-vous cette anecdote). Enfin c’est à nuancer : les écrans sont très bien faits (j’y reviendrai plus tard), ils ne sont gênants que pour les visites guidées, et très bénéfiques pour les visites en famille.

Pour les enseignants, une bibliographie est disponibles sur le site web de la galerie pour chaque exposition, ainsi que des pistes de visites (primaire, collège et lycée) claires et complètes (encart objectifs, matériel, œuvres).

Aujourd’hui l’accessibilité est au cœur du lieu, omniprésente. On pense aux enfants, mais visiblement ils ne sont plus l’unique public de la Galerie : Jean-Luc Martinez, président-directeur du musée du Louvre, déclare ainsi en ligne « j’ai voulu concentrer nos efforts autour d’une mission du musée qui me paraît essentielle : l’accueil du public, de tous les publics, quels que soient ses origines, les raisons de sa venue, le temps dont il dispose ou son niveau de connaissance. ». Et en effet, on voit bien en salle que les enfants sont autant pris en compte que les handicapés visuels, les touristes étrangers, les personnes non familières des musées… Concrètement, comment le musée se rend-il inclusif ?

 

L’accessibilité physique

La Petite Galerie bénéficie actuellement du mécénat du Fonds Handicap & Société par Intégrance. La Petite Galerie possède un marquage podo-tactile qui guide les mal et non-voyants dans chacune de ses expositions. Les cartels et vitrines sont à bonne hauteur. On retrouve aussi souvent un dispositif à toucher. Pour l’exposition Théâtre du pouvoir, un portrait de François Ier était décomposé en plusieurs temps. Chaque carré montre l’œuvre à un stade d’avancement différent. On découvre les couches successives constituant une œuvre en émail peint, et comment l’émail peint est fabriqué.  Un dispositif assez comparable est actuellement visible dans l’exposition Figure d’artiste : on y découvre les étapes de réalisation d’une peinture à l’huile sur toile.

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Dispositif tactile et numérique de l’exposition Théâtre du pouvoir : l’émail peint

Pour L’archéologie en bulles, une réplique tactile de casque explique comment restituer une oeuvre cassée, et sert de prétexte pour agrandir certains détails qu’on peut alors mieux observer. Le vrai casque de parade de Charles VI est présenté à côté d’une reproduction de Tactile Studio. Le décor brisé de fleurs de lys est complété, repositionné à sa place initiale et les éléments du décor légendé. La reproduction est expliquée pour les handicapés visuels (en braille) comme pour les voyants (en écriture « noire »). Mes photos sont hélas trop sombres, mais croyez-moi : sur a deuxième image, le grand vide sur la table tactile est en fait un espace de texte en braille.

Casque de parade de Charles VI, dans l'exposition L'archéologie en bulles
Casque de parade du roi Charles VI, dans l’exposition L’archéologie en bulles
Retranscription tactile du caque royal, par Tactile Studio
Retranscription tactile du caque royal, par Tactile Studio

Partir du handicap visuel rend ces œuvres aussi accessibles à d’autres publics : les timides qui ne sont pas familiers des musées, les enfants,… Pour les personnes handicapées, un livret tactile peut aussi être fourni, ainsi que des visites Du bout des doigts, Écoutez avec les yeux ou en LSF*. Toujours dans un souci d’inclusion, les applications mobiles sont doublées en LSF et en audio-description.

 

L’accessibilité intellectuelle : une introduction aux musées

Avant même d’être une bonne introduction à l’histoire de l’art, cet espace est un premier pas positif dans le monde des musées. La Petite Galerie se veut une introduction, puisque la majorité des visiteurs du musée vient pour la première fois, et n’ont parfois pas connaissance de la culture occidentale. « La Petite Galerie est liée à l’ensemble du musée, des musées. Sa visite ne vise nullement à remplacer celle des salles du Louvre ou des musées nationaux; une telle éventualité signerait son échec. Elle n’en offre pas le résumé – serait-ce seulement possible ? –, ni ne propose une version allégée, fondée sur des reproductions ou sur des œuvres de moindre importance. Le rapport à l’œuvre originale est ainsi essentiel » (D. de Font-Réaux**).  L’espace est plutôt court : c’est moins intimidant que le département des objets d’art par exemple, et les sujets sont forcément plus concis et plus digestes. En plus, c’est moins fatiguant que les grands espaces touristiques, avec la foule qui piétine, et  dont le bruit résonne dans les grands espaces. Et le confort de visite est très important en médiation ! La longueur et la hauteur des cartels sont agréables, il y a des assises en fin de parcours, parcours qui n’est pas long donc pas fatiguant… Bref, tout est réuni pour que le visiteur soit frais et dispos pour apprécier des chefs-d’œuvre et recevoir des informations pertinentes.

La Petite Galerie doit en effet permettre aux visiteurs de « s’initier à l’art à partir d’une soixantaine de chefs-d’œuvre regroupés autour d’un thème choisi » (site du Louvre) et doit « donner aux visiteurs les clés d’observation et d’explication des œuvres » (site de la Petite Galerie). La forme des expositions de ce lieu sert tout à fait ces objectifs. Les expositions proposent des thématiques larges, qui s’appuient sur des œuvres en particulier mais permettent de comprendre beaucoup d’autres œuvres par la suite. Dans Corps en mouvement, la composition des peintures et sculptures était mise en lumière grâce à des schémas sur des reproductions d’œuvres. Imaginez un grand tableau, son cartel, et à côté de/sur ce cartel une reproduction miniature de l’œuvre, sur laquelle on a tracé un trait rouge. Ce trait permet de mieux comprendre comment l’artiste a introduit le mouvement dans son œuvre, et comment cela dicte la composition. Le visiteur peut ensuite lui-même s’amuser à retrouver des schémas dans les peintures qu’il verra dans d’autres musées.

Dans Théâtre du pouvoir, on apprend à reconnaître les regalia, qu’un enfant pourra retrouver s’il visite Versailles par exemple, et ainsi de suite. Ces sujets transversaux donnent les clés pour ensuite explorer par soi-même le reste du musée, et même au-delà, d’autres institutions : une très bonne introduction à l’histoire de l’art !

Le rythme des expositions temporaires, contrairement parfois aux espaces permanents, permet d’être à la page en termes de médiation. Par exemple, un grand soin est apporté aux contenus. Les cartels sont courts, clairs, avec des phrases simples. On explique les grands repères (rôle d’une image, références mythologiques, fonction de l’Académie,…) dans le détail mais sans jargon prétentieux. La Petite Galerie s’appuie sur le principe de textes « facile à lire facile à comprendre » dit FALC***. Concernant les touristes étrangers, les textes de salle sont tous traduits en anglais (cartels, extraits littéraires, panneaux de salle…).

Dispositif numérique de l'exposition Corps en Mouvement (c) Jean-Pierre Dalbéra via Wikimedia Commons
Dispositif numérique de l’exposition Corps en Mouvement (c) Jean-Pierre Dalbéra via Wikimedia Commons

Comme les textes ne peuvent pas tout expliquer, des écrans interactifs prennent le relais lorsque c’est nécessaire (on n’utilise pas le numérique juste pour faire moderne, mais pour servir un besoin de clarté). Les écrans illustrent de manière précise des techniques de création pour rendre les œuvres compréhensibles. Dans L’archéologie en bulles, une borne numérique présente le dessin archéologique. De même, pour Corps en mouvement, une vidéo présentait le procédé complexe de fonte à la cire perdue. C’est passionnant pour le grand public, très éclairant pour les étudiants en histoire de l’art. Concernant des techniques artistiques ou artisanales, une vidéo est plus facile à comprendre qu’un long manuel descriptif.

 

En bref

Un bel espace, bien conçu, exemple complet d’accessibilité dont je ne suis pas prête d’arrêter de vous parler : avec ça, le musée n’est pas encore musée joyeux ?

 

Infos pratiques

De septembre à juin, tous les jours sauf le mardi
De 9 h à 17 h 30, nocturnes les mercredis et vendredis
Aile Richelieu du musée du Louvre – 75 001 Paris

*LSF: langue des signes française

Pour aller plus loin

 

4 commentaires sur “La Petite Galerie du Louvre, un exemple d’accessibilité

Ajouter un commentaire

  1. Bonjour,
    Bravo pour votre article et votre blog de manière générale !
    Je me permets d’ajouter qu’à la Petite Galerie, les agents de salle sont formés pour vous présenter l’exposition et les œuvres.
    Les jours d’ouverture au public, vous pouvez leur demander de vous commenter l’exposition comme une petite visite privée.
    N’hésitez pas ils adorent ça !
    Belle journée,
    Aline (agent de salle à la Petite Galerie 😉)

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