Goya à Agen (47)

Rendez-vous en Lot-et-Garonne, pour une exposition pensée par un musée joyeux !


Le musée des Beaux-Arts d’Agen présente cet hiver l’exposition Goya génie d’avant-garde. Pourquoi Agen pour parler de ce peintre espagnol ? C’est que le musée des beaux-arts a reçu, à la fin du XIXe siècle, un legs du comte Damase de Chaudordy, comportant plusieurs tableaux du maître. L’exposition, qui se tient jusqu’au 10 février, retrace la carrière du peintre, de ses débuts avec des portraits espagnols, jusqu’à son immigration à Bordeaux, en passant par l’évocation des Dos y Tres de mayo.

L’exposition n’aurait pu être menée à bien sans la collaboration de plusieurs institutions prestigieuses : le musée du Louvre, le C2RMF, mais aussi le Métropolitain Museum, la BnF, pour n’en citer que quelques-uns. Le propos de l’exposition est thématique et touche autant les peintures, que les gravures, ou les dessins : on découvre les portraits, la femme dans l’œuvre de Goya,…

 

Mise en boîte des thèmes

La scénographie a su tirer partie du lieu d’exposition, l’église des Jacobins. En effet pour ses expositions temporaires, le musée des beaux-arts s’expose habituellement hors du bâtiment muséal et investit une église. Celle-ci, désacralisée, a été divisée pour cette exposition en unités, comme de petites salles insérées sous la haute voûte originelle. Chaque petite salle explore un thème, et chaque thème a un « focus famille » (c’est-à-dire une boîte rouge, comme on le voit sur les photos, mais j’y reviendrai) ainsi qu’un dispositif numérique sobre.

Entrée de la section « Invention de l'imaginaire »
Entrée de la section « Invention de l’imaginaire »

J’ouvre ici une parenthèse sur les bornes numériques.  Il s’agit d’un comparateur d’œuvres : on clique pour choisir une œuvre parmi deux ou trois œuvres sélectionnées dans la salle. A l’œuvre sur laquelle on clique, est mis en parallèle d’autres œuvres : esquisses préparatoires ou au contraire variante plus aboutie, le tout expliqué par un commentaire court et clair. Parenthèse refermée : revenons à nos moutons, la mise en scène. Le point fort de la scénographie est d’utiliser une trame déclinée pour chaque thème de l’exposition. Une boîte rouge, une borne numérique, des tableaux se retrouvent systématiquement.

Vue générale de la section sur les portraits
Vue générale de la section sur les portraits

Les beaux-arts en famille ?

J’ai visité l’exposition un jeudi après-midi, hors vacances scolaires…donc je n’ai pas vu beaucoup de familles, mais plutôt des couples de retraités ! Cependant, dans l’exposition, tout a été pensé pour accueillir aussi bien les individuels que les familles.

Le musée organisateur est un musée joyeux : il a signé la charte Môm’art qui œuvre pour rendre la culture accessible aux familles. De fait, la politique d’accessibilité du musée semble dynamique : l’exposition est accessible aux PMR (toute l’exposition se fait sur un seul étage), le musée propose une programmation variée, adaptée à tous, notamment aux ados via un Cluedo historique (plongez en 1563, pour la modique somme de 10€). Le site du musée annonce d’emblée que les enfants représentent un quart de ses visiteurs annuels. C’est donc en toute logique que l’exposition propose un parcours adapté aux familles pour découvrir Goya, via les boîtes rouges que j’évoquais plus haut. Christelle Loubriat et Emilie Arnaud, créatrices de l’association La Fabrique toi-même, ont été missionnées par le musée pour le parcours famille. Elles expliquent les enjeux de ces dispositifs dans un article très complet du blog Mon Cher Watson. En quelques mots : il était question de créer des repères  dans le parcours, qui ne soient pas trop près des œuvres (pour des questions de sécurité), et qui délivrent les secrets des œuvres pour faire rêver les visiteurs. Pari réussi haut la main selon moi !

J’ai pu échanger avec C. Loubriat ainsi qu’avec E. Breuillé, médiatrice jeune public du musée, au sujet de la mise en place du projet…cet article sera plus long que d’habitude, mais le processus est passionnant ! La mise en place du parcours aura pris une année : premier rendez-vous dans l’hiver ; devis validé et note d’intention rédigée en juillet ; validation de la note en août ; rencontre avec le scénographe , graphisme, fabrication, relecture avec des enfant à l’automne. Ouverture le 8 novembre ! Du point de vue du musée, faire appel à un prestataire extérieur a permis un précieux gain de temps, ainsi que la valorisation d’acteurs locaux : la Fabrique toi-même œuvre principalement en Lot-et-Garonne (Agen, Nérac, Monflanquin entre autres).

Le maître-mot de ce projet semble l’adaptation : il a fallu s’adapter aux listes d’œuvres pas encore arrêtées, à certains changements, au budget. Et si « on s’adapte » était la devise des médiateurs culturelle ? (ça me rappelle qu’il faudrait que je lise un jour La médiation culturelle : cinquième roue du carrosse ?).

 

Goya accessible

Ces boîtes carrées, en bois peint en rouge, ont été définies par la Fabrique toi-même avec le scénographe. Elles contiennent du matériel et sont accompagnées d’une explication, qui illustre le thème de la pièce. Ces boîtes sont visuellement identifiables, sans monopoliser l’espace : on ne s’éparpille pas, c’est bien défini. Dedans, on pioche des outils tactiles, ou du moins préhensibles : les enfants peuvent les toucher, se les approprier, pour mieux comprendre le travail de Goya.

La boîte pour la section « Perceptions du réel »
La boîte pour la section « Perceptions du réel »

Il y a par exemple les outils du peintre, de la palette aux pinceaux en passant par un échantillon de toile. Mais on découvre aussi la technique de l’autoportrait ou de la gravure. Pour cette dernière, la boîte renferme en fait un tampon, reprenant le dessin d’une gravure de Goya présente non loin. L’enfant peut comprendre que la gravure est un procédé qui nécessite une matrice, en se servant lui-même du tampon encré. L’enfant ressort sans aucun doute tout fier d’avoir son tampon du musée, qui donne un côté officiel à son carnet. Ça fait « vrai », comme me le rapportait une collègue qui utilise aussi ce procédé pour des ateliers dans un autre musée.

Goya, Le sommeil de la raison engendre des monstres, 1799, Nelson-Atkins Museum of Art
Goya, Le sommeil de la raison engendre des monstres, 1799, reproduction du Nelson-Atkins Museum of Art
Tampon inspiré de la gravure
Tampon inspiré de la gravure

A noter : le tampon est destiné à être utilisé sur un livret, car les boîtes rouges vont de pair avec un livret remis à l’accueil aux enfants. Il y a donc en plus un outil personnel, que l’enfant pourra rapporter chez lui. Un beau souvenir du musée ! Je n’étais pas accompagnée d’enfants ce jour-là, je n’ai donc pas eu de livret à disposition, mais vous pouvez en avoir un bon aperçu dans cet article du site Mon Cher Watson. C. Loubriat relève la thématique des élèves, de l’atelier du peintre dans l’exposition. Hop, la Fabrique toi-même s’empare du thème et crée un livret aux allures de cartons d’étudiant en beaux-arts. Comme le tampon, ça fait rêver, non ? On y apprend la gravure, à faire un portrait,.. L’exposition devient un tour d’apprentissage.

Enfin, autre dispositif famille : l’essayage ! Oui, j’en parle encore et encore, c’est mon dada, j’aime beaucoup cette idée. Un mémoire vient d’ailleurs d’être réalisé sur le sujet, qui montre que ce dispositif profite à tous (familles, adultes seuls, handicapés visuels). Ici, on peut intégrer l’atelier de Goya le temps d’une photo en costume.

L'atelier de Goya, prétexte à l'essayage !
L’atelier de Goya, prétexte à l’essayage !

La très bonne idée qui fait toute la différence : un panneau suggère des choix de mis en scène au visiteur, selon des critères scientifiques, mais expliqués sur le ton léger de l’anecdote. On y apprend que Goya s’éclairait de bougies sur un chapeau pour pouvoir peindre même à la nuit tombée. A noter, les costumes à disposition ont été prêtés par le Théâtre du jour, et sont de belle facture. Ils évitent le piège de costumes bon marché un peu cheap, et sont mis en contexte par des informations scientifiques : que demander de plus ?

Panneau accompagnant les costumes à essayer
Panneau accompagnant les costumes à essayer : « Attention, si vous n’avez pas les moyens… cachez vos mains ! Goya facture chaque main qu’il dessine. »
« Pour continuer de peindre à la nuit tombée, Goya utilise un chapeau éclairé par des bougies ! »
« Pour continuer de peindre à la nuit tombée, Goya utilise un chapeau éclairé par des bougies ! »

Quid des textes ?

Le texte accompagnant l’essayage m’a vraiment beaucoup plu. Les points commentés par les boîtes sont précis et clairs, parfois plus clairs que les textes pour adultes, qui vont moins droit au but et sont moins limpides. Par exemple, j’ai regretté qu’un panneau, dont le titre mentionne les « majas », ne prenne pas la peine d’expliquer ce terme. Bien dommage pour les germanophones qui, comme moi, ne connaissent pas un mot d’espagnol ! (pour info, majas veut donc dire « beau », avec une connotation populaire). Bref, je m’égare…je disais donc que les textes pour enfants sont très clairs. C. Loubriat m’a justement précisé que la Fabrique toi-même a pensé les textes et le parcours non pas comme exclusivement destiné aux petits enfants, ou à une tranche d’âge en particulier, mais aux familles en général : « la visite a été pensée comme une expérience de groupe, à partager, en valorisant les compétences et et intérêts de chacun » me confie la médiatrice. Du coup, l’approche est sensorielle, concise, mais avec des petites anecdotes croustillantes qui plairont à tous.

Le musée présente une exposition bilingue, dans un effort d’accessibilité et probablement car de nombreuses institutions internationales ont œuvré de concert pour créer l’exposition. Toutefois, les cartels traduits m’ont semblé difficiles à lire, peu fluides. Au lieu de présenter le cartel en français, puis sa traduction en anglais en-dessous ou en face, les deux langues alternaient : titre de l’œuvre en français puis en anglais, puis médium et technique en français puis en anglais, puis…bref, j’avais un peu de mal à trouver les infos, mais ça n’engage que moi, et les textes pour les familles contrebalançaient très bien cela.

Scénographie sobre des petites salles
Scénographie sobre des petites salles

En bref

J’ai contacté C. Loubriat après avoir écrit la trame de mon article, et chaque élément que j’avais relevé comme particulièrement efficace faisait justement partie de ses intentions de base. Ainsi, elle m’a confirmé que ce parcours devait permettre une visite à plusieurs, impliquer tout le corps, amener le visiteur à expérimenter… Une belle exposition, digne du statut de musée joyeux des beaux-arts d’Agen !

Envie de découvrir d’autres musées joyeux ?
Explorez nos coups de cœur par ici !

 

Infos pratiques

Tous les jours de 11 h à 19 h, jusqu’au 10 février 2020
Eglise des Jacobins – 47 000 Agen
Plus d’infos sur la page web dédiée à l’exposition et dans le dossier de presse de l’exposition

Pour aller plus loin

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