Le CBBD, un exemple de médiation enfant

Comment rendre une visite individuelle accessible aux enfants ? Visites contées, ateliers, cours de dessin…et s’il y avait d’autres formules que la programmation pour rendre une visite accessible aux familles ?

On peut certes faire une exposition spécialement pour les enfants (Musée en Herbe, Musée de Poche, Musée des Enfants en Belgique). Mais si on imaginait un parcours tout public pour permettre de se cultiver en famille ? Les parents n’auront plus à s’inquiéter d’occuper leur enfant pendant que les adultes seront en visite, ou d’écourter la visite parce que les plus jeunes s’ennuient. Il n’y aurait pas un parcours uniquement adulte ou uniquement enfant, mais une visite à partager.

Sachant que 17% de la population française est constituée d’enfants*, à l’heure où on parle toujours plus d’accessibilité (démocratisation culturelle, accès PMR, trilinguisme,…), ne serait-il pas temps d’élargir toujours plus, voire systématiquement, l’accès aux expositions aux familles ?

Voici quatre exemples vus au Centre Belge de la Bande Dessinée (le CBBD pour faire bref). Ce sont des dispositifs présents en salle, en complément du parcours permanent, applicables à différents types de collections pour offrir plus de confort de visite aux familles !
De ma visite au CBBD, j’ai donc retenu ces axes :

 

1-Aiguiser son œil via un puzzle

Pour arrêter l’oeil d’un enfant sur une oeuvre plus d’une minute, et si on le faisait jouer ? Il faut bien observer l’oeuvre originale pour reconstituer le puzzle qui la représente. Cela attire le regard de manière active, l’enfant devient attentif à la structure de l’oeuvre.

J’avais déjà parlé de ce moyen au Musée en Herbe dans cet article. L’exposition comprenait des puzzles aimantés plus ou  moins simples autour de Frida Kahlo, la difficulté dépendant du nombre de pièces, et de la présence ou non du tableau comme motif de fond. Au CBBD, l’exposition Boule et Bill, 60 ans de bonheur au quotidien proposait aussi des puzzles, non aimantés mais présentés sur des pans plus ou moins inclinés. Attention : plus le pan est incliné, plus il est difficile d’y placer les pièces, si celles-ci ne sont pas aimantées ! Oui, car si l’enfant trouve en premier la pièce du haut, mais n’a pas encore les pièces du bas de l’image…la pièce qu’il veut placer tombe. Conclusion : toujours penser à tester un prototype avant de le lancer en musée.

Un puzzle au CBBD
Un puzzle au CBBD
Musee_Herbe_Puzzle_Kahlo
Puzzle aimanté au Musée en Herbe

 

2-Intégrer une suite logique ou géographique via un jeu aimanté

Le parcours permanent du CBBD commence par l’histoire de la bande-dessinée, et son fonctionnement. Pour comprendre l’organisation d’une planche, le musée propose de replacer dans le bon ordre les bulles d’une planche sur un mur aimanté. Sur le même principe, l’exposition Indigo du musée de Bourgoin-Jallieu terminait son parcours par un mur aimanté, où les visiteurs devaient replacer les tissus indigos selon leur lieu de provenance géographique.

Pourquoi c’est bien ? Replacer des éléments dans leur contexte est un bon moyen de tester ses connaissances, en pouvant recommencer à l’infini, jusqu’à intégrer l’histoire. Ce peut être une chaîne de l’évolution : du têtard à la grenouille, des maisons à pan de bois aux châteaux, de l’esquisse à la peinture… Ce peut aussi être géographique : replacer le vêtement dans son pays d’origine, ou l’outil dans le milieu où on l’utilise, l’armure sur la partie du corps qu’elle protège,…

Bulles aimantées à repositionner au mur du CBBD
Bulles aimantées à repositionner au mur du CBBD

Ma photo du mur aimanté du CBBD est un peu floue. Vous pouvez retrouver sur cette page une image plus parlante ! (photo n°5 de la galerie).

Mappemonde au musée de Bourgoin-Jallieu
Mappemonde au musée de Bourgoin-Jallieu
Scratcher les vêtements pour les replacer dans leur pays d'origine
Scratcher les vêtements pour les replacer dans leur pays d’origine sur la mappemonde

3-Voyager le temps d’un livre

Un bon classique de médiation fixe : le coin lecture ! Vu au CBBD dans l’exposition Pico Bogue, mais aussi dans l’exposition Roux ! du musée Henner qui aménageait une malle aux livres dans une cabane (voir p.9 du dépliant), au musée d’Aquitaine qui a installé des Fatboys© et des bandes dessinées tout au long de son parcours permanent, en passant par la grande maison de lecture de l’exposition A. Krings

Coin lecture au musée de Bourgoin-Jallieu (38)
Coin lecture au musée de Bourgoin-Jallieu (38)
Des BD en salle au musée d'Aquitaine
Des BD en salle au musée d’Aquitaine (Silex in the City pour la section Préhistoire)
Pause lecture dans une maisonnette
Cabane à livres dans l’expo A. Krings

Pourquoi c’est bien ? Les livres sont toujours un bon moyen d’immerger les enfants dans un univers. Ils fournissent aussi aux adultes les mots pour expliquer une oeuvre ou répondre aux questions précises des plus jeunes. On trouve des livres jeunesse sur des sujets tellement variés que ce type de dispositif fixe peut s’adapter à un muséum,  à une maison de personnage illustre, à un château, à un lieu d’art du spectacle ou un musée d’arts et traditions. Et on peut mêler livres enfants, ado, adultes,…

Pour les moins de 8 ans environ, Fleurus propose une collection d’imagerie sur des sujets très variés (machines de chantiers, châteaux, petites bêtes, musique, transports…). Le blog Orion en aéroplane mentionne de nombreux autres ouvrages de référence pour enfants dans ce billet.

 

4-Un défi vrai/faux pour tester ses connaissances

La fin du parcours sur l’histoire de la bande-dessinée se termine par un jeu : associez les paires pour déclencher une lumière verte ! Il faut appuyer en même temps sur un héros et sur son accessoire. Si vous faites une mauvaise association, un voyant rouge s’allumera à la place. Par exemple, la lyre ira à Assurancetourix, et le chaudron à Panoramix. Malheureusement, je n’ai pas de photo pour vous montrer cela. Imaginez une table, avec des personnages et des attributs dessinés dessus. A côté de chaque dessin, un bouton. A l’angle de la table, une lampe. Il faut appuyer simultanément sur le personnage et son accessoire pour que la lampe brille vert.

Dans l’exposition Tenue correcte exigée du MAD Paris, un écran relié à un buzzer servait à répondre par vrai ou faux à des questions sur des informations diffusées dans le parcours. A nouveau, une lumière (et un bruit amusant) permettait de distinguer le vrai du faux.

Pourquoi c’est bien ? Le vrai/faux donne envie de réessayer si on se trompe. Et tester ses connaissances immédiatement à la sortie d’une exposition permet de mieux ancrer les informations en tête. J’avais d’ailleurs eu ce genre de test lors d’une formation : tout de suite à l’issue d’une formation, on devait compléter un questionnaire, qu’on corrigeait juste après. Voir et revoir les mêmes informations de manière active et dans un court laps de temps aide à enregistrer ces informations.

Et puis si le dispositif muséal est fait sur écran, on peut rajouter une explication comme complément de réponse, pour mieux comprendre quelle était la bonne réponse.

 

Bonus – Occuper les mains des plus jeunes

Pour terminer, un exemple pas vraiment observé au CBBD mais qui me paraissait intéressant, et que j’ai vu à de nombreuses reprises en musées : occuper les enfants avec une activité créative en libre-service, sans besoin de l’assistance d’un adulte.

Au musée de Bourgoin-Jallieu, une salle consacrée aux machines à tisser comporte une petite table, avec petites chaises. Dessus est disposé le matériel nécessaire pour comprendre et réaliser la structure d’un tissu : sergé, satin,… Les enfants prennent un modèle, puis s’y reportent pour tisser de gros rubans. Les adultes peuvent leur lire les explications historiques/techniques qui accompagnent le schéma, mais l’activité peut aussi se faire en autonomie, pendant que les adultes admirent les machines juste à côté.

Table d'activités manuelles au musée de Bourgoin-Jallieu
Table d’activités manuelles au musée de Bourgoin-Jallieu
Apprendre à tisser au musée de Bourgoin-Jallieu
Apprendre à tisser au musée de Bourgoin-Jallieu

Au Centre National du Costume de Scène, pour une exposition lointaine (je ne me souviens plus, peut-être Shakespeare en 2014 ?), j’avais aussi vu un chevalet placé en salle, devant une vitrine : les enfants étaient invités à s’arrêter quelques minutes pour s’initier à la copie d’œuvres en musée ! La possibilité d’occuper manuellement et en autonomie des enfants permet aux parents d’aller à leur propre rythme de visite, tout en étant à côté et donc en pouvant dialoguer.

A cette liste non exhaustive de cinq dispositifs enfants en salle, on pourrait rajouter des expériences tactiles comme pour l’exposition Les canons de l’élégance, des essayages comme au musée d’art et d’histoire d’Albertville, des cartes de muséojeux, un audioguide enfant comme au musée d’Aquitaine ou de chouettes livrets-jeux.

 

En bref

Le CBBD est un musée interactif, exemplaire en termes d’accessibilité : trilinguisme dans tous les espaces du musée, table à langer à disposition, espace détente et restauration dans le hall, mais aussi et surtout parcours tout public regorgeant de bonnes idées pour des visites en famille !

 

Infos pratiques

20 rue des Sables
1000 Bruxelles
Tous les jours de 10h à 18h – plus d’informations sur le site web du musée

 

*selon étude au 1er janvier 2019, disponible sur https://fr.statista.com/statistiques/472349/repartition-population-groupe-dage-france/

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :