Les canons de l’élégance (75)

Et si les enfants découvraient les fastes militaires ? La nouvelle exposition du musée de l’armée se met à la portée des enfants pour présenter le luxe insoupçonné qui entoure les militaires.

Luxe, guerre et volupté

Aux Invalides, l’exposition Les canons de l’élégance vous en met plein les yeux en déployant les plus beaux uniformes, les armes les plus précieuses, les cadeaux diplomatiques les plus distingués. Car les militaires ne sont pas que rigueur, au contraire, ils ont aussi le goût du luxe ! L’élégance est tour à tour symbole d’autorité,  d’honneur, de ralliement ou au contraire de distinction. Car comme le disait le Général François du Barail, « plus on se croit beau, mieux on se bat ». On voit donc défiler sous nos yeux ébahis des épées incrustées de pierres précieuses, des uniformes bordés de fourrure ou parés d’une surenchère de galons dorés, d’étuis peau de léopard… On s’imagine alors les fastes des grandes cérémonies militaires, de la Renaissance mais aussi de périodes beaucoup plus récentes. La visite se termine au XXIe siècle, mettant en évidence les liens entre les armées et la haute couture.

Focus sur l'ivoire et l'émail
Focus sur l’ivoire et l’émail
Dolman de lieutenant des hussards de Sa Majesté, Russie, XIXe s.
Dolman de lieutenant des hussards de Sa Majesté, Russie, XIXe s.

L’émerveillement se poursuit quand on regarde la programmation : cinéma, conférences et ateliers certes, mais aussi rencontres avec des artisans.

Dès le début de l’exposition, on repère tout de suite le flyer qui présente l’exposition et la programmation. Et à côté de ce flyer, bien en évidence, un livret-jeux est disponible en libre service. Tiens tiens, on dirait que ce n’est pas une exposition réservée aux adultes ! C’est ce dont je voudrais vous parler aujourd’hui : tactile, livret-jeux et panneaux jeune public témoignent de l’intérêt sincère pour le public enfant au musée de l’armée.

 

Rendre une exposition vivante

Le parcours est ponctué d’une demi-douzaine de parenthèses, consacrées à des matières en particulier : la broderie et le métal, puis le cuir, l’ivoire,… Tous ces matériaux qui concourent au luxe des armées sont décortiqués, pour comprendre leurs techniques, leurs caractéristiques et leurs utilisations. Ces focus sur les matières mettent en dialogue les œuvres, des échantillons à toucher, des textes explicatifs pour jeune public et pour tout public. Ci-dessous, juste devant une vitrine, quatre plaques de métal montrent pas à pas le travail au repoussé d’une œuvre en vis-à-vis :

Focus tactile sur le métal repoussé
Focus tactile sur le métal repoussé

Cette approche contribue à rendre l’exposition vivante, moins austère. Les objets tactiles ont visiblement été pensés pour le jeune public (hauteur du dispositif, ton du texte l’accompagnant), mais sont aussi très appréciables pour les adultes, probablement aussi pour les déficients visuels. La technique de création intéresse tout le monde, surtout quand c’est présenté de manière claire, par des expériences à faire soi-même, et dans un bel écrin.

Échantillons de cuirs à toucher et sentir
Échantillons de cuirs à toucher et sentir
Focus sur les cuirs
Focus sur les cuirs

 

« Jeune public » ?

Le parcours comprend une dizaine de panneaux qui se démarquent : plus bas que les autres, denses, ils emploient le tutoiement, et sont titrés « Jeune public ». Le contenu est assez intéressant, dense mais assez hiérarchisé pour qu’on s’y retrouve sans trop d’efforts. Le texte est clair visuellement, le panneau ne surcharge pas la scénographie et est clairement identifiable.

Panneau adulte et panneau jeune
Panneau adulte et panneau jeune (excusez la photo floue…la seule que j’ai qui montre la hauteur du panneau enfant hélas)

 

Ceci dit, j’ai trouvé assez étrange de mettre cette appellation en salle « Jeune public », étiqueter le public d’un terme qu’il ne reconnaît pas, auquel il ne s’identifie pas. Je me demande s’il y a besoin de mettre une étiquette aux textes, si un dessin un peu cool/mignon n’aurait pas suffi à identifier la différence de destinataire. D’autant plus que les textes emploient le tutoiement : le public comprend bien à qui on parle. Et quand bien même il faudrait un titre explicite, je trouve que « par ici les enfants » ou « le savais-tu ? » seraient plus avenant pour les familles. « Jeune public », ça fait un peu « public-cible », étude de marché, marketing, pas très chaleureux, vous ne trouvez pas ? Pour vous faire votre propre avis, les textes de ces panneaux sont disponibles sur le site web du musée.

 

Le livret-jeux du succès

Le livret-jeux présente un style sobre. Il ne rivalise pas de mises en scènes colorées, de personnages mignons comme on peut en trouver dans les livrets-jeux du musée du Quai Branly par exemple (souvenez-vous de cet article). Ici les jeux sont imprimés noir sur blanc, ne nécessitant pas d’outils graphiques compliqués. Vous pourriez sans doute reproduire assez aisément ce type de livret-jeux.

Livret-jeux plié en accordéon
Livret-jeux plié en accordéon

 

Si au premier abord le livret donne l’impression d’avoir beaucoup (trop ? ) de texte pour un enfant, en fait il se révèle tout à fait adapté. Ne vous fiez pas aux apparences, ne prenez pas peur : l’enfant trouvera son bonheur ! C’est écrit assez gros, les textes ne sont donc pas aussi longs qu’ils en ont l’air : c’est tout à fait lisible par un enfant. En plus, une organisation visuelle claire permet de ne pas s’éparpiller. On différencie bien les thèmes (grosse police de couleur bordeaux) et les missions (numérotées, police moyenne de couleur orangée) du corps du texte : on a ainsi trois niveaux de texte, pas plus. Des parallèles sont faits très explicitement avec les panneaux de salle : on lit dans le livret « une petite expérience de toucher t’attend au panneau jeune public 5 » ou encore « lis le panneau jeune public 2 »

Derrière le graphisme, le propos n’est ni futile ni trop poussé : on apprend des choses grâce à des jeux vraiment réalisables et attrayants pour des enfants (les livrets ont d’ailleurs probablement testés avant d’être proposé au grand public). Par exemple : deviner la fonction d’une oeuvre grâce à un alphabet codé. On doit aussi barrer un intrus ou entourer le bon objet en fonction de ce qu’il y a dans la vitrine : on est amené à observer de près, comme le dit clairement le livret : « Pars à la recherche de… », « repère sur l’armure les détails » etc. J’ai été très agréablement surprise par ce livret-jeux ! Vous pouvez d’ailleurs le télécharger sur cette page.

A noter : les jeux ne sont pas que sur papier : on trouve aussi un écran pour jouer à reconstituer les tenues historiquement portées par tel ou tel personnage. Une fois la bonne tenue créée, un extrait de texte d’époque nous illustre le personnage militaire en question.

 

En bref

Quelques panneaux spécialement créés pour les enfants, un livret-jeux vraiment réalisable par un jeune, des points tactiles… Je m’attendais à trouver une exposition regorgeant de merveilles de luxe, mais en prime elle est accessible à tout âge ! Que demander de plus ?

 

Infos pratiques

Les Canons de l’élégance
Tous les jours, 10 h – 18 h
Jusqu’au 26 janvier 2020

Retrouvez sur le site du musée toutes les infos, la programmation, le livret-jeux, un cours en ligne avec Artips et plus encore !

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