Le multimédia au service de Marie-Antoinette

Plus de 200 ans après sa mise à mort, la Conciergerie dédie une exposition à sa prisonnière la plus célèbre : j’ai nommé Marie-Antoinette ! 

L’affaire du collier, Rose Bertin, la guillotine… On connaît tous un élément de la vie de Marie-Antoinette. Oui, mais pourquoi ? Loin d’une exposition biographique monotone, la Conciergerie retrace comment, depuis le XVIIIe siècle, Sa Majesté s’est forgé une image iconique. L’exposition décode l’icône plus que le personnage historique : mère modèle aux idéaux naturalistes, fêtarde dépensière, mécène des arts à la cour de France, étrangère… Le parcours se fait en cinq temps : Marie-Antoinette à la Conciergerie, les histoires de sa vie, son image, un focus sur les symboles évocateurs de la reine, et enfin les revivals de ce personnage à travers l’histoire.

 

Pris par la scénographie

L’écrin de l’exposition est on ne peut plus adéquat : on pénètre dans la salle médiévale des gens d’armes de la Conciergerie, à quelques mètres seulement de la cellule où la reine vécut ses derniers jours. Quel cadre esthétique et historique grandiose ! C’est d’ailleurs autour de ce cadre que s’ouvre l’exposition, avec des « reliques , »les effets ayant appartenu à la reine prisonnière, la dernière lettre qu’elle aurait écrite le matin de son exécution, la transcription de son procès… (?)

Les images de la reine : variantes autour de Vigée-Le Brun
Les images de la reine : variantes autour de Vigée-Le Brun

Tout au long de l’exposition, la scénographie est claire : textes de section et de salle hiérarchisés, cartels accessibles, traductions anglaises sont au rendez-vous. Une touche d’interactivité se glisse lorsqu’on est invité à ouvrir des tiroirs, contenant des scénarios et documents de tournage de nombreux films sur la reine.

Des tiroirs à scénarii
Des tiroirs à scénarii

Mais ce que j’ai préféré dans la scénographie, c’est la manière dont la deuxième section de l’exposition retrace l’histoire de Marie-Antoinette. Plutôt que de dissocier sa vie, puis l’engouement qu’elle crée dans la littérature, les deux sont directement liés. C’est-à-dire que pour retracer les quelque quarante ans de vie de la reine, on ne lit pas des textes de salle mais directement la bibliographie qui lui a été consacrée au cours des siècles passés. Pour chaque moment marquant de sa vie, une vitrine présente un livre ouvert à la page narrant cet événement. Ainsi, on apprend la vie de la reine à travers S. Zweig, C. Thomas et tant d’autres auteurs. Au milieu des historiens et romanciers, on lit même Marie-Antoinette pour les nuls. Si si, je vous l’assure !

Les histoires de la vie de Marie-Antoinette
Les histoires de la vie de Marie-Antoinette

Le ton est plus captivant qu’un texte scientifique ou qu’une frise chronologique, la succession saccadée d’extraits est moins monotone qu’un long texte, et on s’amuse aussi à comparer le style littéraire ou typographique au fil des siècles. Ces différences littéraires nous permettent aussi de saisir la variété des points de vue sur la reine. Bref, on a envie d’aller plus loin dans l’exposition, d’en savoir plus.

 

Une belle médiation numérique

Que les choses soient dites : ici le propos n’est pas de chercher une révolution technologique dans les pratiques numériques au musée. Pour ça, allez plutôt voir à Bordeaux, du côté de la Cité du Vin ou au musée d’Aquitaine ! En revanche, dès le début de l’exposition, le numérique est bien présent pour habilement mettre en valeur le propos de l’exposition.

Sur un des premiers murs de l’exposition, un QR code permet de télécharger les textes de l’exposition. Comme j’avais supprimé l’application pour lire les QR codes, je n’ai pas pu tester. Je ne peux que faire des suppositions concernant ce dispositif : il permettrait de lire assis un peu plus loin dans l’exposition, ou de lire à l’écart de la foule qui se serait formée devant les textes des cimaises. C’est la première fois que je vois ça, et je reste perplexe. Et vous, vous avez déjà testé ?

Dans la première salle, des écrits du XVIIIe siècle sont présentés (lettre de la main de la reine, procès verbal,…). Comme l’écriture manuscrite n’est pas toujours évidente, qui plus est quand elle est à la mode XVIIIe siècle, des écrans permettent de lire la transcription dactylographiée sur le mur faisant face aux textes. Discret et simple, mais on ne peut plus utile !

On nous propose ensuite un florilège de représentations de Marie-Antoinette à travers la culture pop (comme l’exposition Marche et démarche proposait un florilège de publicités mettant les pieds en valeur). Dans un premier temps, un espace façon salle de cinéma montre des extraits de films, du début du XXe siècle à nos jours.

Revivals de la reine : l'apport de S. Coppola
Revivals de la reine : l’apport de S. Coppola

On peut aussi écouter diverses interviews non loin de là, face à un écran. Les documents multimédias ne sont pas redondants avec les œuvres, mais les mettent en valeur. Les écrans présentent des images complémentaires aux œuvres, et expliquées par les voix off. J’ai par exemple écouté une décoratrice expliquer comment certains décors avaient été créés pour le film de Sofia Coppola. On peut écouter, tout en balayant du regard les écrans et les œuvres, elles aussi comprises dans le champ de vision.

Revival de la reine : le grand apport de S. Coppola
Un écran entre deux vitrines d’oeuvres

En fin de parcours, c’est cette fois-ci un pot-pourri des publicités utilisant l’image de la reine pour convoquer l’imaginaire du luxe à la Française ou le XVIIIe siècle.

Les casques mis à disposition sont confortables. J’avais déjà pu voir le même modèle au musée de Montmartre, ou encore au musée des arts décoratifs de Paris. Ils sont légers, avec un décochement qui permet de ne pas appuyer sur les lunettes ou les oreilles. Les fils sont assez longs pour ne pas être nez à l’écran, et plusieurs casques sont disponibles par écran. On peut donc suivre confortablement à plusieurs.

 

Le numérique au-delà du musée

La médiation numérique a été pensée au-delà des murs de la Conciergerie. Pour communiquer autour d’une exposition, pour annoncer son ouverture ou pour la promouvoir tout au long de sa durée, de plus en plus d’institutions ont recours aux trailers. L’intérêt de ces petits films ? Ces vidéos donnent instantanément le ton de l’exposition, par la musique, par les textes et images choisis. Elles renvoient aussi une identité moderne. Outre d’être diffusées sur des canaux prestigieux (au cinéma avant un film, à la télévision), ces vidéos enfin ont le mérite d’être très appréciées sur les réseaux sociaux. Une image aimée attire beaucoup plus l’œil qu’une affiche, et sont ainsi plus largement partagées. J’ai été amenée par le passé à gérer les réseaux sociaux d’un musée, et croyez-moi, la différence est vraiment flagrante : le nombre de vues explose ! C’est donc tout bénéf’ pour les musées.

Certes, on est à la limite entre la médiation et la communication. Mais les deux ne sont-elles pas très liées ?

 

Vulgarisation culturelle

La pop culture tend de plus en plus à être traitée de manière scientifique et à faire son entrée au musée. Pour l’exposition Age of classics au musée Saint-Raymond (Toulouse), on se penchait sur la BD, sur les films bockbusters ; à la Conciergerie on retrouve les films grand public et les BD, on voit des publicités, on lit des extraits de livres très faciles d’accès, etc. Les produits dérivés de la boutique sont eux aussi analysés.

Grâce à cette approche, on rend le sujet accessible à un large public. Les costumes des actrices Kirsten Dunst et Diane Kruger parleront autant aux fans de l’univers macarons/plumes d’autruche. Pour les historiens, de nombreuses  « reliques », objets témoins d’une époque. Pour les étrangers, le personnage en lui-même est déjà attirant, symbole fort de la France. L’aura de la reine, la charge historique du lieu et sa situation géographique dans la capitale drainent un public varié, des retraités franciliens aux jeunes touristes asiatiques. L’approche de l’exposition saura parler à tous !

 

Infos pratiques

Exposition Marie-Antoinette. Métamorphose d’une image
16 octobre 2019  – 26 janvier 2020
Tous les jours, 9 h 30 – 18 h
Nocturnes le mercredi soir jusqu’à 20 h 30

Toutes les informations sont à retrouver sur la page web du musée

dpedago : http://www.paris-conciergerie.fr/Dossier-pedagogique-exposition-Marie-Antoinette#book/3

 

Et bien sûr retrouvez l’Histopad de la Conciergerie,
dans l’article de Laura !

 

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