Une après-midi en prison au musée des Confluences

Derrière la vitre du parloir, la femme me jette un regard peu avenant : « J’ai pas envie de te parler de toute façon. Pourquoi t’es venue ? » Gloups. Bienvenue à l’exposition Prison : au-delà des murs au musée des Confluences de Lyon, dont vous ne sortirez peut-être pas tout à fait indemne !

Comment penser la prison aujourd’hui ? Comment peut-elle remplir son rôle de punition, de protection de la société, et de réinsertion ? Si le musée des Confluences de Lyon ne prétend pas répondre à toutes ces questions, son exposition a le mérite d’expliquer les origines de la prison et de donner un panorama assez complet de ce que peut-être la vie d’un détenu aujourd’hui. Surtout, elle le fait d’une manière immersive, mais sans être une vraie immersion (vous n’êtes pas dans une prison…).

Dès l’arrivée dans l’exposition, nous sommes accueillis par une inscription : « C’est nous qui punissons » : le ton est donné, le visiteur est pris dans l’exposition, fait partie de ce nous, sans qu’il sache d’ailleurs de quel côté des barreaux il se trouve…

Grilles oranges avec droits des détenus.
Dans les grilles sont insérés les droits des détenus. Beau mélange de scénographie et d’information !

Une petite introduction explique les origines de la prison et montre déjà la qualité de la scénographie et de la médiation, très liées : des objets très représentatifs (une robe de juge par exemple), des documents comme des gravures, des explications concises et claires. Ni trop ni trop peu, c’est un savant mélange d’informations, d’objets très « parlants », et d’éclairages d’un point de vue historique, sociologique, etc.

Le théâtre optique : une expérience déroutante !

On peut ensuite se rendre dans le théâtre optique que je vous ai brièvement décrit, et dont l’effet est saisissant. Trois salles confinées se succèdent, où le visiteur découvre la vie en cellule, puis peut s’asseoir au parloir pour rencontrer plusieurs détenus : Ce n’est pas tout à fait un hologramme, mais toujours est-il que le face à face est impressionnant, d’autant plus que le personnage s’adresse directement au visiteur. Parfois agressive, parfois amicale, chaque personne raconte son parcours, essayant de rire de son sort ou décrivant comment elle passe le temps.

« Le pire, c’est le temps. Je fais tout pour étirer le temps. Avant faire mon lit, ça me prenait 5 minutes. Maintenant, ça me prend une heure. C’est le moyen que j’ai trouvé pour m’occuper . »

Un détenu joué par un comédien au parloir
Le théâtre optique : au parloir avec un détenu

C’est quelque chose de totalement imaginaire donc, mais les discours des personnages sont inspirés d’entretien réels menés en prison. C’est probablement la partie la plus frappante de l’exposition. Un partenariat avec le Théâtre Nouvelle Génération très réussi ! Et qui surtout, centre le discours sur l’humain et aborde l’air de rien les thématiques développées ensuite : le lien avec l’extérieur, l’occupation du temps, le rapport à la société.

De quel côté du mur ?

Pour découvrir le reste de l’exposition, il faut ensuite entrer dans trois grandes cellules aux barreaux oranges… La question de la violence par exemple y est abordée avec des objets détournés par les détenus : chaussure avec une lame dans la semelle, crucifix-poignard, etc. Le parcours se suit facilement, les panneaux  thématiques sont très clairs (et bilingues en anglais, tout comme les cartels), et les objets ou photographies parlent d’eux-mêmes souvent.

un crucifix transformé en poignard
Crucifix-poignard : violence et détournement d’objets

En dehors des grilles, et de manière significative donc, une section s’interroge sur les alternatives à la prison, où les manières d’améliorer la prison aujourd’hui. Vidéos de sociologues, projection montrant des infographies, tout est numérique dans cette section, et très bien pensé pour qui souhaite approfondir sa réflexion.

Enfin une dernière partie, dans une structure tout en bois, comme une curieuse charpente, montre les moyens d’évasion et de protestation des détenus. Charpente en bois montée par des détenus travaillant en atelier, ce qui a le mérite de donner du sens à cette construction. Pour aller plus loin, des extraits de films sont projetés dans une salle dédiée à la fin du parcours.

En bref

On ressort de l’exposition en ayant appris beaucoup de choses, en ayant touché d’un peu plus près ce que peut être l’univers carcéral, et avec beaucoup de questions en tête. Un bon exemple d’exposition immersive, et sociologique, et surtout l’exemple fructueux d’un partenariat avec une autre discipline, le théâtre : rare mais puissant. Pari réussi du Musée des Confluences !

Infos pratiques
Prison, au-delà des murs
Du 18 octobre 2019 au 26 juillet 2020
Musée des Confluences
86 quai Perrache, 69002 Lyon

Et à voir aussi au musées des Confluences, l’exposition Coléoptères.

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