Des costumes à essayer en musée

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un dispositif de médiation bien particulier : j’ai nommé l’essayage !

Vu ma spécialisation en Histoire de la mode, j’ai fait « quelques » expositions sur des textiles. Et de manière récurrente, l’essayage au musée m’a enthousiasmé. Des costumes ont été, ou sont disponibles au V&A, au Musée des Arts Décoratifs de Paris, aux Invalides, au château de Compiègne, au CNCS (dont je vous ai déjà dit le plus grand bien), au musée Frans Hals… Mais au fait, pour quels apports en termes de médiation ?

Un rapport au corps particulier

Essayer permet d’envisager différents rapports au corps. Juliette vous parlait de son expérience convaincante lorsqu’elle a pu essayer un gilet pare-balle, pour l’exposition Dans la peau d’un soldat. Au CNCS, lors de l’exposition sur les métiers du costume, j’ai moi aussi pu essayer un accessoire surprenant : un masque de scène, tout en matière synthétique. Quelle chaleur ! On comprend mieux les enjeux du facteur de masques, qui doit créer le masque en assurant autant que possible le confort du comédien. D’autant plus que ce masque était très proche d’un autre, présenté en vitrine, et vraiment porté sur scène.

 

Pour l’exposition La Mécanique des dessous, le musée des Arts Décoratifs mettait à disposition divers dessous historiques reconstitués : crinoline, corps à baleine, paniers,… L’essayage explicitait le propos de l’exposition. Il s’agissait de montrer que les dessous servent à modeler artificiellement un corps idéal, au dépend du confort. Effectivement, dur de se sentir à l’aise avec des tenues si gênantes…

Quelle expérience !

Essayer permet aussi de vivre une expérience à part. Prendre la place d’un comédien, voyager dans le temps, essayer une tenue extravagante, essayer le gilet d’un militaire, poser pour Winterhalter… bref, avoir ce qui est normalement réservé à d’autres, inaccessible ! L’essayage permet au visiteur de vivre une expérience hors du commun, dont il peut s’émerveiller ou se vanter. Et l’air de rien, ça permet d’ancrer dans la mémoire du visiteur le musée, sur le long terme. Je n’ai pas oublié l’essayage de nombreuses fraises au CNCS, il y a des années, lors d’une expo sur Shakespeare. Je m’estimais si chanceuse de pouvoir toucher des objets dignes d’être en vitrine, tant les reconstitutions étaient précises. Et je ne suis pas prête d’oublier l’essayage du masque d’éléphant, tant l’effet était saisissant !

Devant l’objectif

L’effet « wow » permet justement deux choses : attirer le public adolescent, et jouer sur l’image du musée. Au musée Frans Hals, il était possible de se mettre en scène comme dans un tableau de peintre nordique. Costumes, décor, mini cartel du tableau modèle, pied pour appareil photo : tout était prévu. Et c’est apparemment surtout les familles, les ados et autres adulescents qui s’amusaient ! Parenthèse développement des publics : l’essayage permet de s’adresser à un plus large public. Cela rend les pièces en vitrine plus parlantes pour les enfants, mais aussi pour les mal et non voyants. Bref, je m’égare, je vous parlais de l’image…

 

Musee_Frans_Hals_Selfie
Le petit oiseau va sortir !

Souvent, une pause selfie s’impose, au vu de l’aspect hors-normes de l’accessoire ou du vêtement. Certaines institutions en jouent, comme récemment le CNCS ou le musée Frans Hals. Au CNCS, de nombreuses pièces présentaient des costumes à essayer. On suggère à côté des mots-dièse pour partager les selfies. Le visiteur est incité à créer son souvenir, personnalisé, mais aussi à participer à la communication du musée. Pas bête la bête…sauf que très peu participent !

 

Même principe au musée Frans Hals. Un trépied est prévu pour recevoir un smartphone ou appareil photo : il n’y a plus qu’à mettre le retardateur et faire son plus beau sourire. On compte environ 130 selfies sur Instagram. Mais à nouveau, au château de Compiègne, malgré la mise en scène et un concours de selfie organisé, une dizaine de visiteurs seulement joue le jeu. En gros, ne comptez pas trop sur les selfies pour votre musée : les gens sont assez frileux au moment de poster une photo d’eux.

Faire passer en douceur un contenu scientifique

La manipulation des pièces permet de faire passer du contenu technique. Après quatre ans de cours de Mode et Costumes, je m’intéresse forcément un peu aux aspects techniques des vêtements. Et toucher permet aussi de comprendre la mise en œuvre des textiles. Comment s’agencent les baleines d’un corps à baleines ? Quels sont les « trucs » des costumiers pour donner du volume à un pourpoint ? Par exemple, l’essayage de fraises de type costume de Shakespeare m’a permis de repérer des points de couture cachés. J’ai bien noté l’astuce de pro pour le jour où je coudrais un déguisement…

On peut aussi faire passer un message beaucoup plus proche de l’histoire de l’art. Le CNCS proposait un cartel pour les pièces essayables dans l’expo Modes ! C’est un peu pareil au musée Frans Hals, qui propose de se costumer à l’image de personnages de l’œuvre de Hals. De courts textes associés aux personnages sont proposés, comme un guide pour choisir son costume, et en apprendre un peu plus sur les codes de la peinture de genre.

 

En bref

Seul un bémol : je n’avais pas été très convaincue par la présentation du V&A, où je ne voyais pas trop le lien entre costumes essayables et œuvres exposées. Mais dans l’ensemble, l’essayage est plutôt très bénéfique ! Je vais conclure en prenant un autre exemple au CNCS : dans l’exposition Artisans de la scène, certains costumes avaient l’air fatigués…c’est plutôt bon signe non ? S’ils sont usés, c’est qu’ils ont attiré beaucoup de curieux et rencontré un franc succès !

Alors, convaincus ?

Et vous, quel effet vous fait l’essayage d’accessoires au musée ? Des exemples vous ont emballé ? Ou non ? Avez-vous déjà osé essayer des costumes ? Votre avis m’intéresse !!

 

Pour découvrir le CNCS c’est par là, et rendez-vous ici pour plus d’images du studio d’essayage temporaire « Hahahals » au musée Frans Hals.

 

7 commentaires sur “Des costumes à essayer en musée

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  1. Merci pour ce chouette billet sur un sujet qui déclenche souvent les passions (et fait remonter les bons souvenirs). J’étais il y a peu au musée Frans Hals et j’ai vu des gens d’un certain âge (sans enfant !) rester un bon moment au spot photo : ils avaient l’air de bien s’amuser.

    Il serait intéressant de creuser la question de la réalisation et de l’entretien de ces dispositifs : j’imagine que certains modèles sont adaptés aux contraintes de la mise à disposition du public (remplacer un bouton par un bouton-pression ou par une fermeture éclair). Dans ce cas, quel est l’impact en terme de médiation ?
    De même, comment les musées font-ils pour entretenir au quotidien ces textiles (on pense notamment aux risques de poux dans les dispositifs destinés aux enfants).
    Cela pourrait donner un beau sujet d’interview de professionnels pour ce blog !

    J’ai le souvenir que le musée des commerces anciens à Doué-la-Fontaine proposait des vrais chapeaux anciens (début XXe) à essayer dans la boutique du chapelier…

    Et pour finir une réaction dont m’avait fait part un ancien professeur de lettres : il était contre ces dispositifs de médiation, trouvant qu’essayer une fraise reconstituée ne servait à rien, puisqu’il manquait tout l’environnement qui va avec (le personnel qui aide à accrocher, le reste de la toilette, les odeurs, les poudres) et que donc, cela transmettait un imaginaire erroné aux visiteurs. Je ne suis pas vraiment d’accord avec lui, mais je trouve tout de même sa remarque intéressante.

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  2. En ce qui concerne l’entretien, pour des accessoires qui n’étaient pas sur mesure, je me souviens que le CNCS avait tout bonnement prévu d’en acheter plusieurs exemplaires pour tenir les 6 mois de l’exposition ! Par contre pour les poux, c’est effectivement une question à creuser…

    Et oui, effectivement, en terme de médiation, les adaptations de type fermeture Eclair et le fait qu’il manque le contexte peuvent prêter à confusion sur certains détails. J’avais mis du temps à me faire une idée sur le mannequin reconstitué pour l’expo Le Pérou avant les Incas par exemple. Ce n’est jamais une reproduction à l’identique du passé, et les limites sont parfois floues… mais de mon point de vue c’est déjà un premier pas efficace pour projeter le visiteur dans une époque !

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