Le Grand musée du parfum

Un mardi de novembre, je me suis rendue dans le très chic 8ème arrondissement pour visiter le Grand musée du parfum. C’est un musée très parisien par son sujet, par son quartier (l’Elysée, le Bristol), par le look de cet hôtel particulier (tapis rouge extérieur, dorures des lambris)*. J’étais curieuse de voir comment l’odorat et la médiation s’accorderaient. En route !

 Pour qui ?

On suppose que le public étranger fan de luxe et de mode est visé. D’ailleurs les textes sont traduits en anglais, et l’audio en plus de six langues. Mais surtout, qui dit parfum dit évidemment public féminin (même si les parfums masculins sont aussi bien évoqués).

Le musée doit plaire aux enfants, bien que je n’en ai pas vu en salle. Des parfums mystérieux sont expliqués en vidéo à la manière de Prince et Princesse. Le musée propose un livret-jeu, pour les plus grands, l’audioguide, et puis beaucoup d’audio en salle. Un enfant qui ne sait pas lire peut faire une visite « comme un grand » !

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Un écran recréant l’histoire d’un parfum légendaire.

 

Le contenu du musée

Le parcours s’organise en trois étages.  Un sous-sol historique, de l’antiquité au XXe siècle. Dans la première salle, chaque période est personnifiée par un duo de « célébrités », puis deux salles thématiques traitent des usages du parfum : parfums sacrés de l’antiquité, et vertus des parfums des temps modernes.

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Au sous-sol, ici les parfums égyptiens antiques.

Au premier étage on aiguise son odorat par le jeu, soit pour parler chimie, soit simplement pour s’amuser.

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Les trois parfums dominants pour recréer l’odeur de la rose.

Le dernier étage parle des étapes de création du parfumeur, et sa collection de matières premières, mais les étapes de création annoncées par un titre ne sont en fait pas expliquées. On reste par contre bluffé devant la « collection de matières premières » : une suspension graphique sur laquelle une vingtaine de boules délivrent chacune une odeur et un commentaire, lorsqu’on les soulève.

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La collection de matières premières.

Le parcours est ponctué de bornes olfactives diverses. Si on choisit une visite avec audioguide (gratuit), on peut même liker nos odeurs préférées, pour une expérience post-visite personnalisée (j’y reviendrai). Le propos est clair et accessible, le texte est bien adapté au plus grand nombre.

 

Focus médiation :

Bien vu !  Au rez-de-chaussée, personnifier les époques via des duos de personnages célèbres permet de se projeter dans une période. Pour le XVIIIe siècle, on parle de Marie-Antoinette et Casanova par exemple : le visiteur a forcément des images qui lui viennent en tête. Un bon moyen d’accrocher l’attention en début de parcours !

Ensuite, deux salles thématiques m’ont particulièrement plu.  Par exemple, dans la section des parfums sacrés de l’antiquité, on voit les usages du parfum dans l’antiquité, hiéroglyphes à l’appui, des représentations de ces parfums qui expliquent des bas-reliefs égyptiens reproduits, et on nous explique les ingrédients principaux, que l’on peut aussi sentir. On découvre donc le Kyphi, un parfum né en Egypte, à base d’encens. La scénographie est certes artistique, mais elle sert aussi bien le propos et s’accorde à la médiation : on ressent la dimension sacrée du parfum via une lumière basse, des objets mis en valeur de manière pure… La médiation classique et sobre est très intuitive (bon, il y a quand même quelques cartels trop bas au rez-de-chaussée, mais c’est moins la date d’un flacon que sa préciosité qui compte, et pas besoin de cartel pour saisir ça).

Au premier étage, une manipulation se démarque car on en tire des conclusions. On indique sur un écran si on sent ou non telle odeur, puis on compare avec le taux d’autres visiteurs. L’aspect de démonstration scientifique est très convaincant : on comprend la notion d’odeur « rétive » (certaines odeurs ne sont perçues que par certaines personnes) puisque l’on en a créé nous-mêmes la preuve. Autre bonne idée à cet étage : un des cartels est remplacé par un écran interactif sobre. En un clic, on peut passer du cartel français à sa version anglaise. Un détail, me direz-vous ? Oui, mais on gagne de la place ! Deux cartels en un, ça permet d’avoir un mur beaucoup plus aéré, c’est plus agréable.

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Ecran analysant les résultats des visiteurs : ont-ils ou non senti les odeurs rétives ?

Au dernier étage, le point d’orgue est la « collection de matières premières ». Une installation interactive, belle, qui délivre des anecdotes intéressantes via une vingtaine de boules… On choisit une boule au hasard, on la tourne pour sélectionner notre langue, on la soulève pour sentir puis on s’en sert d’audioguide pour avoir une brève histoire et des anecdotes sur une des vingt odeurs les plus utilisées des parfumeurs. Il paraît que les cartels cachés sont vingt fois plus lus que les autres : on peut supposer qu’impliquer le visiteur en lui faisant choisir une piste audio surprise marche aussi bien. En tout cas ça marche pour moi, du moins pour les cinq premières boules, ce qui apporte déjà pas mal de contenu !

Dommage… que tout le monde ne profite pas pleinement de la visite. Contrairement au Palais de la découverte, ici on ne s’attend pas forcément à des manipulations. Les manipulations ne sont pas intuitives (signalétique discrète).  Conséquence : au début du parcours, peu osent mettre le nez dans les bols. À l’étage, des médiatrices sont postées en salle pour expliquer le fonctionnement de la collection de matières preières. Le musée n’est pas le seul à faire face à ces enjeux : la Cité du vin propose une autre approche.

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Tourner la boule pour sélectionner parmi de nombreuses langues…puis quand on la soulève, elle fait tour à tour office de diffuseur et d’audioguide !

Le rôle de la médiation parfois flou

Deux salles à l’étage sont purement ludiques. Par exemple, le jardin des senteurs, qui est un Loto des odeurs géant, a-t-il une utilité au musée ? Quelle est la différence avec l’expérience que l’on peut avoir à la maison ? On s’attendrait à un plus, comme des textes explicatifs. La médiation fait le lien musée-public, mais ici quel est le message que le musée veut faire passer par la médiation ? Le dispositif de médiation est là, mais sans message à faire passer. Et puis pour faire deviner une odeur, autant ne pas représenter la réponse en plein milieu…

 

 

 

Du visiteur au client, il n’y a qu’un pas. A la fin du parcours, après avoir liké des odeurs sur mon audioguide, j’attends de découvrir la surprise personnalisée. Quelle déception quand on m’indique dans la boutique/parfumerie trois parfums du commerce susceptibles de me plaire… Dernière phrase que l’on m’adresse : « N’hésitez pas à revenir à la boutique. Pour acheter différemment qu’en parfumerie ». Le musée de telle marque me paraît totalement en droit de vendre ses propres produits à la fin de la visite (on n’est pas dupe, si une marque crée son musée, c’est marketing). Mais là, le propos n’est pas net : dans quelle mesure le musée est influencé par son parrain (l’entreprise IFF) ? Avais-je affaire à une médiatrice ou à une vendeuse ?

En bref

Une partie introductive riche, anecdotes intéressantes de l’orgue à parfum, quelques manipulations didactiques, on se fait plaisir avec les odeurs… En résumé : fans des musées classiques s’abstenir, mais on apprend des choses en s’amusant dans un très beau lieu !

 

Pour aller plus loin

Toutes les info pratiques ici, et par ici pour une revue du contenu scientifique !

*Bonus histoire de l’art/ mode : Moreau-Nélaton y vécut,  et plus récemment Christian Lacroix y avait sa maison de couture.

EDIT : La Lettre de l’Ocim propose dans le numéro de novembre 2018 un bon article sur la médiation olfactive et ses enjeux, à retrouver ici !

 

5 commentaires sur “Le Grand musée du parfum

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